mardi 1 novembre 2011

PK286 Antoetra et le pays Zafimaniry










Après avoir passé Ambositra au PK259, suivre la RN7 jusqu'au village d'Ivato centre (15 km) puis prendre la piste à gauche en direction d'Antoetra (12 km).
A quelques kilomètres sur la gauche, l'éco-lodge "Sous le soleil de Mada" où Brigitte et Marco nous attendent. De ravissants bungalows entièrement construits en bois d'eucalyptus par des artisans Zafimaniry, que nous ne retrouverons que le soir, autour d'un rhum arrangé plutôt bienvenu après les efforts intenses et la chaleur de la journée. Mais pour le moment, perception du pique-nique préparé par Brigitte et direction Antoetra, premier village Zafimaniry!









Le lac Tritriva

Après avoir pris la route de l'Ouest (RN34) en direction de Betafo sur 6 km, on tourne à gauche pour arriver au lac Andraikiba, puis on poursuit l'ascension sur 14 km vers le Mont Tritriva. La piste est en mauvais état et la progression assez lente vers Belazao. D'origine volcanique, ce lac de cratère situé à 1800 m d'altitude, aux eaux d'un vert opaque, a une profondeur de 160 m.

Emmanuel nous guide sur le chemin qui fait le tour du lac et en raconte les légendes.
Un couple d'amoureux - Rabeniomby et Ravolahanta - se suicida dans ce lac parce que leurs parents n'acceptaient pas leur union. Noyés ensemble pour rester liés à jamais, deux arbres entrelacés sortant de la roche marquent leur amour sacrifié.
Ce lac représente aussi la forme de Madagascar.
Le lac "sacré et mystérieux" est interdit à la baignade si l'on a mangé de la viande de porc dans la journée. Emmanuel raconte encore qu'un Chinois a essayé de défier ce mythe mais qu'il s'est noyé dans le lac et qu'on n'a jamais retrouvé son corps.
Les eaux du lac montent à la saison sèche, et descendent à la saison des pluies; un siphon le relie au lac Andraikiba. Enfin, toujours selon Emmanuel, le commandant Cousteau (mais ne serait-ce pas plutôt son fils) est venu plonger dans ce lac dans lequel ne vit aucun poisson, mais il n'a pu aller au-delà de 28 mètres, l'eau étant trop froide.

A. Carrier, dans ses Annales de géographie de 1914, le décrit ainsi:
"Il faut citer le merveilleux lac de Tritriva, lac de cratère d'explosion, situé dans le fond d'une cuvette. Les bords très élevés de l'entonnoir sont constitués par des produits de projection, et à la base on voit la roche granitique percée comme à l'emporte-pièce. Le lac a la forme d'une ellipse; sa profondeur est très grande (150 m environ d'après le Révérend P. Baron); dans la direction du grand axe, on aperçoit fort bien une faille dans la masse de la roche granitique sous-jacente, marquée du reste un peu plus loin par deux cônes minuscules, de véritables volcans de poche."



Les artisans d'Antsirabe

La fabrication de miniatures avec tout un tas d'objets recyclés ou détournés (canettes de soda, fils électriques, tuyaux de perfusion...) montre un vrai talent et une véritable ingéniosité, jusque dans les moindres détails.

Dans la pièce voisine de celle où officie Mamy, les brodeuses sont à l'ouvrage sur des motifs dessinés à main levée et brodés de cotons colorés.

L'atelier des 6 frères travaille une matière première originale mais répandue: la corne de zébu. La première étape consiste à séparer la corne de son os. Pour cela, on la fait chauffer assez longtemps puis on la frappe très fort sur le sol: l'os qui est à l'intérieur se détache de lui-même. Toujours en la chauffant, la corne devient alors malléable et on peut lui donner des formes très diverses pour en faire des sculptures, des ustensiles, des bijoux. Les différentes étapes de finition et de polissage lui donneront un bel aspect lisse et brillant.

Marcel et les bonbons "gasy": la cuisson est la première phase de fabrication. Marcel surveille une grande marmite posée sur un feu de bois ardent et armée d'un grand thermomètre. A l'intérieur, 10 kg de sucre, 3 l d'eau et 5 cm3 de jus de citron - le tout à porter à 160°.
Ensuite, tout va très vite: le liquide en ébullition est étalé sur une table en granit huilée, travaillé, malaxé, étiré. On y ajoute des parfums naturels. La coupe des bonbons est faite au fil ou aux ciseaux, les bonbons sont mis dans des sachets scellés à la bougie.

Bâtie sur un sol cristallin, la région d'Antsirabe renferme dans son sous-sol des richesses minéralogiques (pierres ornementales - quartz rose, jaspe, géode - pierres fines ou semi-précieuses - améthyste, topaze, tourmaline). Il existe des marchés aux pierres (Cercle Mess, Andraikiba), de nombreux tailleurs et lapidaires, des marchands ambulants.

La fabrication de papier naturel incrusté de fleurs (papier Antemoro) est également une spécialité locale. Composé d'écorce d'Havoha bouillie pendant une journée, écrasée dans un pilon puis mélangée à de l'eau, le substrat de base est ensuite réparti sur une toile tendue sur un cadre en bois. Le cadre est égoutté, des fleurs fraîches sont déposées sur le papier encore humide, fixées par une pâte légère, puis le tout est mis à sécher au soleil.

Soie sauvage et soie d'élevage sont travaillées et tissées pour faire des étoles, écharpes et lambas, tout cela à la quenouille et au métier à main en bois.



La Résidence Sociale d'Antsirabe

Située à l'entrée d'Antsirabe, dans un grand parc, c'est une Maison de retraite qui offre également chambres et table d'hôtes. De facture coloniale, cette institution vieille de 76 ans a été créée à l'initiative des religieuses franciscaines missionnaires de Marie et était destinée aux colons à la retraite.
10000 m2 de planchers - 2,5 ha de parc aménagés, varangues fleuries, photos de l'époque où Antsirabe était la ville d'eaux la plus branchée de la Grande île: cette ancienne institution témoigne d'une certaine élégance et d'un luxe ancien.
Après quelques années de désuétude, la maison de retraite a repris des couleurs: chambres rénovées au design contemporain, école de l'Alliance française, consulat honoraire y sont hébergés. Elle peut ainsi accueillir jusqu'à 200 pensionnaires, personnes âgées et touristes mêlés.

Nous avons dormi à la Résidence et y avons dîné. Nous étions seuls dans la grande salle à manger, à l'exception de deux couples âgés assis à la même table autour d'un potage. Au programme ce soir là, la guerre d'Algérie, année 1957. A ce rythme, ces amis auront encore de quoi passer de longues soirées à échanger leurs souvenirs!

Dans le jardin, un grand buste d'Hubert Garbit accueille le visiteur au pied de l'escalier de la façade.

PK169 Antsirabe






Baptisée la "Vichy malgache", Antsirabe a beaucoup perdu de son charme d'autrefois.

Ses nombreuses sources sont exploitées depuis le siècle dernier; l'Hôtel des Thermes (photo) accueillait autrefois les curistes et le lac artificiel sert toujours à contenir les gaz thermaux.

Antsirabe est la capitale du pousse-pousse: on en trouve plus de 3000 (ils ont été introduits à Madagascar par les Chinois qui travaillaient à la construction des premières lignes de chemin de fer au début du XXe siècle). Loin de Tananarive, il y règne une certaine douceur de vivre.
Au début du XVIIIe siècle, Mayeur, dans ses récits de voyage sur les hautes terres, nous apprend que les eaux de la région d'Antsirabe sont riches en sels. Sur l'emplacement de l'actuelle localité existait un pénitencier royal. La naissance du village est due à l'arrivée du missionnaire norvégien Rosaas en 1872. C'est ensuite au gouverneur général Hubert Garbit que l'on doit le développement de la cité.

lundi 31 octobre 2011

PK68 Ambatolampy

Grâce à une altitude élevée, le climat y est frais et tempéré toute l'année. Sa situation au bord du massif de l'Ankaratra en a fait une escale appréciée durant les conquêtes que les rois de l'Imerina menaient vers le Sud. Radama 1er y avait établi un quartier militaire et c'est ainsi que le bourg commença à se peupler.

Aujourd'hui, c'est dans la fabrication des batteries de cuisine en aluminium que les artisans prolongent l'ancienne tradition de fonderie et de forge destinée autrefois à la fabrication d'outils et d'armes.
D'où vient l'aluminium? Essentiellement de pièces de voiture recyclées. L'aluminium est mis à fondre dans des fours à charbon à l'air libre, et le métal liquide et brillant est récupéré.
Une caisse en bois que l'on voit sur la photo sert de moule. Elle est remplie de sable noir très fin. Il suffit de mettre l'objet en positif, de bien tasser le sable avec les pieds, ôter délicatement l'objet qui laissera une empreinte exacte en négatif. Le métal liquide est versé par une goulotte jusqu'au remplissage à ras bord. Une fois le métal refroidi, le moule de bois est séparé pour extraire la marmite, qui passe à la finition pour ébarber les bavures à la scie.
Gageons que ces marmites rutilantes ne seront pas d'une solidité à toute épreuve (peinture, sable, terre se retrouvent mélangés au métal). Néanmoins, elles seront vendues dans toute l'île.

On trouve également à Ambatolampy de nombreux ateliers de fabrication de baby-foot.

Après la visite d'un atelier, au fond d'une cour derrière la mangeoire aux cochons, nous poursuivons notre route vers Antsirabe, à travers les plaines très fertiles du Vakinankaratra. Tout au long de la route, de très nombreux marchands de légumes de toute beauté.

Sur la nationale 7 pour une semaine de vacances

Pour les vacances de la Toussaint, première escapade vers le Sud par la nationale 7. Objectif nature: au programme randonnées, aventure, observation de la faune et de la flore. Tout un programme! Alors, c'est parti.

Première étape, Tananarive - Ambatolampy

Sortant de Tana par le Sud, on longe la rivière Ikopa avant de la traverser au pont de Tanjombato. Spectacle haut en couleur, les lessiveuses au bord de l'eau, et le sol constellé de tâches multicolores constituées par la multitude de pièces de linge en train de sécher au soleil.
Tout au long de la route également des fabriques de briques d'argile.
On laisse à droite le palais présidentiel de Iavoloha (immense bâtisse blanche assez moche mais imposante sur le fond du paysage).

Après Tana, le paysage est une succession de collines de terre rouge parsemées de cours d'eau et de zones de cultures étagées. Au PK43, on traverse Behenjy, capitale du foie gras de canard. Et oui, cette activité introduite par les Français au début des années 1960 est devenue aujourd'hui un fleuron régional!

Au bout d'une route sinueuse qui grimpe vers le point le plus haut de la région, on atteint Ambatolampy au PK68.